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Interview de Patrick F Cavenair " Les démons de l'Elysée"

Publié le par Ichtusliberusa

Interview de Patrick F Cavenair " Les démons de l'Elysée"

Interview Patrick Cavenair

 

Bonjour Patrick,

 

Tout d’abord, bravo pour ton excellent thriller ! J’ai décidé de le présenter dans la rubrique  « coup de cœur hors sujet » car Ichtusliberusa est avant tout un blog qui ne traite que de la culture américaine. Mais ton ouvrage vaut le détour !!

 

Une première question qui me titille toujours lorsque j’effectue une interview d’écrivains : quand et comment  as-tu commencé à écrire puis à te faire publier ?

  • À 10 ans je publiais ma première poésie dans le journal de l’école. La poésie est la déesse de l’écriture, on l’oublie hélas trop. Mon premier roman publié, Fusion froide, était bien plus tardivement, à la quarantaine.

Quelles furent tes influences ?

  • Les grands classiques ont forgé mon écriture, mais j’avoue avoir été aiguillonné par Da Vinci Code, de Dan Brown. J’ai été à la fois séduit par le rythme du roman et agacé par son folklore conspirationniste. Lors de sa parution, en 2006, il y avait peu de « page turner » à cette époque. C’était aussi un ouvrage qui interpellait sans cesse le lecteur : « est-ce que c’est vrai, ou est-ce de la fiction ? » J’adore mélanger le vrai et le faux pour placer le lecteur dans un doute permanant. Le roman a été publié quelques mois après une affaire mystérieuse : un groupuscule appelé « AZF » exerçait un chantage contre le ministère de l’Intérieur en déposant des bombes codées sous les rails du TGV. J’ai associé cette histoire vrai avec celle d’une enquête policière sur la fusion froide tout en la rapprochant des mythes de l’alchimie. C’est aussi une aventure qui secrètement s’est déplacée à Washington, de façon inattendue. La réalité s’est immiscée dans mon roman, car quatorze ans plus tard – en 2018 – les véritables auteurs de cette énorme machination ont été interpellés par la police ! Du coup, je publie en mai prochain la version poche de Fusion froide, postfacée avec le fin mot de l’histoire.

Comment t’est venue l’idée d’un meurtre au sein de  l’Elysée ?

  • C’est un pari ! Après le ministère de l’Intérieur, j’avais proposé de traverser la place Beauvau afin que mes personnages se retrouvent au sommet de l’État. J’ai eu beaucoup de mal pour rendre crédible un meurtre dans l’un des lieux les plus secrets et mieux gardés du territoire. J’ai dû faire appel à un ami commissaire de police pour trouver le point faible du Château. C’était complétement dingue d’inventer un truc pareil. Un jour, alors que nous testions une hypothèse criminelle, quelqu’un a entendu notre conservation suspecte dans un restaurant. Ça a jeté un froid, d’autant qu’il s’est avéré que c’était un flic !

La description des lieux est criante de vérité, quelles ont  été tes sources d’informations ?

  • Je réalise toujours un travail d’enquête sur les lieux de mes romans. J’ai été à plusieurs reprises à l’Élysée, j’ai retrouvé des documents d’archives, lu des ouvrages d’experts, interrogé d’actuels et anciens collaborateurs… Ça été une expérience incroyable. Et puis, un jour, j’ai été un peu trop loin dans mon enquête. Ça a déplu à l’un des trois derniers présidents de la République qui s’est senti tout à coup incroyablement concerné par la fiction que je tentais d’écrire – je vous laisse deviner… En conséquence, mon manuscrit a retrouvé le chemin du tiroir jusqu’à sa publication, enfin, ce mois d’avril 2019 sous le titre Les démons de l’Élysée.

L’autre pan de l’histoire tourne autour d’un vol d’œuvres d’art, on sent  ton amour et ton expertise de la peinture, as-tu une formation particulière ? 

  • Ce vol est la description extrêmement précise des faits : cinq chefs d’œuvres ont été volés au Musée d’art moderne à Paris. J’ai simplement changé la date, c’était en 2010… et les cinq tableaux sont toujours introuvables. J’ai toujours eu une fascination pour la peinture, la sculpture et l’architecture. Étant étudiant, j’ai suivi des cours d’histoire de l’art. Je m’intéresse autant à la composition et à la technique de l’œuvre qu’à son sens le plus profond et caché. Dans Les Démons de l’Élysée, j’évoque aussi une œuvre mythique de Jérôme Bosch qui hante les historiens et sémiologues depuis cinq siècles. J’ai passé de longs mois à décortiquer les mystères de ce triptyque exposé au Prado. Plus j’y travaille, plus j’en découvre de nouveaux messages, et moins je comprends le sens général ! Un véritable casse-tête que je fais partager à mes lecteurs dans mon polar.

Il y a beaucoup d’anecdotes sur les actuels et anciens occupants de l’Elysée, sais-tu si le président a lu ton livre ?

  • Il y a quinze jours, j’ai envoyé un petit mot très personnel à différents protagonistes célèbres du livre. Peut-être me répondront-ils !

 

Travailles-tu déjà à une prochaine aventure du commissaire Marchelieu ? 

  • Oui, j’ai plusieurs pistes en cours. Mais j’aime prendre mon temps car mes polars sont avant tout des aventures personnelles. Je tiens à aller à la rencontre des lieux, des hommes et des femmes qui donneront corps à la fiction avec une belle part de réalité. J’ai cependant toujours une petite appréhension car il m’est arrivé à plusieurs reprises de penser inventer une histoire qui se trouvait percutée la vérité.

Dans ton  précédent roman La tentation du présent,  les faits de société et  l’histoire servaient  d’appuis à ton ouvrage, as-tu une période de l’histoire que tu préfères ?

  • C’est un roman sur l’adolescence politique d’une nation. Un peuple en révolte contre son père (de Gaulle). Trois pouvoirs s’affrontent : la jeunesse, le social et le politique. J’ai grandi tout enfant dans cette période trouble. J’ai donc mélangé mes souvenirs avec les documents historiques. Concernant une époque particulière, je trouve le Moyen Âge riche car étendu sur plusieurs siècles. C’est un cycle historique qui voit entrer la lumière dans un paysage religieux obscure. L’architecture gothique ouvre les esprits et conduit à la Renaissance. Beau symbole !

 

Tradition d’ichtusliberusa pour mieux connaître  l’invité, c’est la question des 3 !

 

Quels sont tes 3 écrivains préférés ?

  • Émile Zola pour son naturalisme passionnant, Stefan Zweig pour la sensibilité de ses personnages et Edmond Rostand pour le panache.

 

Quels sont tes 3 musiciens préférés ?

  • Mozart, Pergolèse et Vivaldi. Ils arrivent encore à me tirer des larmes.

 

Quels sont tes  3 personnages historiques préférés ?

  • Des hommes au caractère impossible : Victor Hugo, Napoléon et Churchill.

Quels sont  tes 3 films préférés ?

  • Das Boot : une plongée de 5 heures dans un sous-marin pendant la Seconde Guerre, par Wolfgang Petersen.
  • La vie est belle, où l’humour de Roberto Benigni permet de surmonter l’horreur nazi. Les logiciels d’IA ne pourront jamais imaginer cela.
  • Fitzcarraldo de Werner Herzog car il conjugue deux délires : un acteur dévoré par la folie (Klaus Kinski) et un tournage dans des conditions hallucinantes.

Et la dernière spécialement pour toi :

 

Tes 3 peintres préférés ?

  • Edouard Manet pour son traitement si particulier des personnages, de la matière et des couleurs.
  • Jean Dubuffet, car j’ai pu visiter ses œuvres en sa compagnie étant petit garçon.
  • Jérôme Bosch, car c’est le peintre du mystère et le créateur le plus inquiétant de l’histoire de l’art.

 

Merci à toi pour cette interview qui ravira les abonnés lecteurs d’Ichtusliberusa !

Et à très bientôt !

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